ISERE


1709    Vatilieu  38470      Memoire de funestes malheurs

Et il y a bientôt trois siècles, en 1709, le curé de Vatilieu (38, Isère, France) écrivait :

J'ai crut, Messieurs, que je ne devais point laisser passer cette déplorable année sans laisser a la postérité , un mémoire des funestes malheurs dont nous avons étés accablés et peut être depuis la création même nen est-il jamais arrivé de pareil et pour ne pas mestendre a discourir inutilement, je vous diray en premier lieu que le lendemain des noys il fit un froit si grand dans tous le Dauphiné et mesme jay viu des gens qui mont dit qu'il fut aussi grand partout l'univers que nos chatainiers aussi bien que nos noyers qui estoint d'une grosseur si extraordinaire que trois a quatre homme avaient eu peine d'embrasser en moururent. Ce ne fut pas encore tout nostre malheur le froit fit mourir tous les bleds froment et seigle en sorte que si nous avions esté secourus par les bleds de turquies que Louis quatorze nostre invincible monarque fit venir pour secourir son pauvre peuple nous aurions esté obliger de nous enterrer tous vivants par ce que le bled estoit si chair qu'il valait dans ce pays au mois de juin quinze livre le cartail qui ne pèse que quarantes livres. Si nos malheurs finissaient que par là nous serions encore consolés mais une guerre qui dure depuis dix années qui nous laisse sans argent fait que le pauvre peuple a esté obligé de paitre dans les prairies comme des animaux en mangeant de tant de sortes d'herbes qui causèrent une si grande corruption dans ces endroits quont a eu des maladies dont on a jamais entendu dire de semblable. Aux uns, il fallait couper le bras aux autres la jambe aux un il fallait ouvrir le ventre aux autres il fallait couper bras et jambe et laisser leur corps tout tronques a cause de la grande quantité de vers que l'enflure engendrait dans leur membre. Nos malheurs finiront-ils Messieurs non pas encore il faut que la justice de dieu se satisfasse entièrement et que le doigt de dieu nous touche de plus près. L'année dernière nous eumes du vin en si grande abondance qu'on ne savait ou le mettre , le meilleur le plus cher ne se vendait que trois livres la charge, et cet année le vent trente livre parce que le froit du septième de janvier d'este si grand qu'il fit mourrir toutes nos souches en sorte que nous n'avons pas eu de raisin cette année.
Je serai trop long messieur si je vous racontois tous les malheurs qui nous sont arrivés.
Il me suffit de vous dire les plus grands et les plus deplorables cas quand je vous dirais que moy curé qui dicte cette affreuse histoire j'ay empechay a un père de manger son enfant, a un autre de gorger le sien et de le vouloir enterre pour ne pas le voir souffrir si longtemps de faim

Texte déposé par Jean-Louis Majecaze.





1789    Les Abrets  38490      Les vins ont gelé....

26 Janvier

nota = on sent un air si doux que dans les beaux jours de Mai le soleil est à peine supportable. La liqueur de Réaumur est à 6° au dessus de la congélation.

26 Mars

        J'ai encore mon père plein de santé et de vigueur age de 86 ans à St Savin chez my avec mon aîné qui en a grand soin, il ne manque pas un jour La Ste Messe. Et moi 57 ans Guichard curé des Abrets 29 ans de cure fils de Barthélemy.
        Cette année a été sèche à l'exception d'une semayne ou deux qui ont précédé la moisson, ce qui a fait versé les bleds et a empêcher la grainaison, de sorte que la récolte n'a pas été aussi belle, bone qu'on l'esperais.
        L'automne a été assez belle jusqu'à la mi-novembre que le froid est venu après une pluye du nord. Le froid & toujours augmenté jusqu'à la fin de l'année heureusement il est tombé quelques jours de neige qui ont conservé les bleds car aux fêtes et à la Noël, les derniers jours de l'an, le froid est devenu plus violent qu'en grand hiver la liqueur du thermomètre est descendu 3° au dessous de zero, les vins ont gelé et les tonneaux se sont brisés.
        Il a partout gêle a la cure excepté a la cave qui était bien bouché au nord.
        Quand vous voulez degeler quelque chose par exemple, un chou, une pome, un porau, vous tirez un verre d'eau et mettez dedans, laissez une heure ou deux, votre choux, poiraux sera come s'il n'avait pas gelé !
        L'évêque de Grenoble, de chagrin et de desespoir s'est brûlé la cervelle dans la campagne d'herbes qui est en allant à Vizille au mois de Décembre 1788.

                Curé Guichard


Texte extrait de "Qu'sien" Revue du C.G de Nice et de la Provence Orientale, N° 63.
anecdotes relevées par Janine Prud'homme.





1791    Meaudre   88300      "Je refuse...de prêter le serment tel qu 'il a été décrété..."

Je soussigné Pierre Coloy, curé de cette paroisse, prévoyant que bientôt la force civile m'obligera d'abandonner le troupeau que Jésus Christ notre St père le pape et mon évêque m'avaient confié, soit pour lui enseigner les premiers principes de notre Ste religion catholique, apostolique et romaine, soit pour lui en expliquer les principaux mystères, soit enfin pour lui administrer les sacrements de l'église. Considérant que je fais comptable de ma conduite à mes supérieurs dans l'ordre hiérarchique de l'église à mes paroissiens et que je suis responsable de leurs actes envers mon dieu voulant lui laisser un mouvement perpétuel des principes de ma religion et de ma foi pour qu'ils puissent toujours les pratiquer et nourrir comme des vrais et fidèles enfants de Jésus Christ, (suit une phrase barrée)
Je crois que Jésus Christ a établi son église en la personne de St Pierre ainsi au 'il est dit en St Math. Ch.lô v.lS.
Je crois que notre St père le pape est le chef visible de l'église et qu'en lui seul réside (phrase barrée : toute l'autorité suprême) la supériorité d'honneur et de juridiction selon ces paroles de Jésus Christ à St Pierre en St Math. Ch.lô v.18.
Je crois que l'église de Rome est le centre de l'unité de la foi catholique.
Je crois que Jésus Christ a donné à son église seule le pouvoir de le gouverner et qu'il a lui même institué la forme de son gouvernement et que conséquemment aucune puissance civile n'a le droit de rien changer à sa discipline, encore moins de toucher à ses dogmes.
Je crois que c'est changer la religion catholique que de vouloir soumettre le gouvernement de l'église à l'autorité civile.
Je crois enfin que toute mission qui ne vient pas de Dieu n'est point une vraie mission et que l'institution eucharistique est la seule source de la vraie mission ainsi que de la juridiction spirituelle.
D'après ces principes que je proffesse et professerai jusqu'au dernier moment de ma vie, je déclare qu'étant né dans l'église catholique, apostolique et romaine, je veux y mourir.
Je déclare que je ne reconnaîtrai jamais pour pasteurs légitimes que ceux qui sont ? d'après les formes canoniques.
Je déclare que je proteste expressément contre l'élection illégale qui va être faite pour me remplacer à la cure de Méandres ensuite du refus que j'ai fais de prêter le serment tel qu 'il a été décrété, me regardant toujours comme le seul et légitime curé de cette paroisse.
Je déclare que je ne consentirai jamais à aucune extinction ou suppression d'église ou de titres de pieuses fondations, protestant notamment contre la suppression de mes deux chapelles, l'une fondée dans mon église paroissiale et l'autre dans celle de Ste Agnès formant mon titre clérical.
Je déclare enfin que comme vrai citoyen je serai toujours soumis et fidèle en tout ce qui peut intéresser l'ordre civil, mais que comme ministre de la religion, je ne reconnaîtrai dans l'ordre spirituel d'autre autorité que celle de Jésus Christ et de mes supérieurs légitimes.
Lesquelles protestations, acte de ma foi et déclarations, j'ai écrit sur les registres de ma cure n'en ayant pas d'autres et en ai donné un extrait en forme au maire de la municipalité de cette paroisse pour le transcrire ou faire transcrire sur le registre de leur délibération et ai signé à Méaudres, ce 4 Mars 1791
Coloy, curé


Nota : sur ce registre, le dernier acte de ce curé est daté du 28 Avil 1791.

Source: CGPTT/88/3/2001

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