FINISTERE




1752    Spézet  29540      Une inhumation manu militari.

Un scandale dans l'église de Spézet (29) le 15 avril 1752. Mon aïeule Renée Boudehen, un fort caractère, en est responsable à l'occasion de l'enterrement de son mari Georges Jolivet. "Fondateur" du village de Kervoalch le cher mari de Renée gérait les biens de l'église de Spézet. Son enterrement fut donc l'occasion d'un scandale relaté dans ce texte par les prêtres signataires :

"Georges Olivet (ou Jolivet) ménager et cultivateur du village de Kervoalch (en Spézet) agé d'environ 55 ans a été inhumé dans l'église par violance (sic) et voye de faite sans le ministère d'aucun prêtre par Renée Boudehen veuve du dit Olivet. La dite Renée Boudehen, fille de /...ici un manque dans le texte.../ a elle même apporté une pelle et une tranche à l'église et aussitôt se sont présentés pour faire la fosse Charles Alonet du village de Kerdroniou, Jacques Kerdafret du village du Fel, André Raoulin , Le Guellec du bourg de Spézet, ce qui a provoqué un grand désordre et tumulte dans l'église que le sieur Christophe Huiban qui se disposait à chanter la grande messe a été obligé de leur dire de cesser leur vacarme ou qu'il allait dire la grand messe dans quelqu'autre chapelle. Sur cette remontrance ils se sont un peu apaisé. Ils ont remis leurs dites pelle et tranche sous le corps du défunt, mais aussitôt que la grande messe a été finie ils ont recommencé leurs dites opérations avec tout le peuple murmurant et courant dans l'église et ont percé proche le balustre auprès du Père Fenice* où de mémoire d'homme on n'avait inhumé personne parce que le défunt évêque avait défendu d'y faire aucune ouverture par vénération du Père Fenice.
La fosse faite on y a inhumé le dit corps de Georges Olivet sans le ministère d'aucun prêtre.
Ont été témoins messire Christophe Huiban et Alain Mahé prêtres, Yves Cariou et Jean Boudehen tous paroissiens et prêtres et qui signent le quinzième avril mil sept cent quarante deux."

(Messire Jean Fenice était supérieur du séminaire de Plouguernevel. A sa retraite il était devenu curé de la paroisse de Spézet et décédait le 25 janvier 1716.)

Pour comprendre ce qui s'est passé il faut savoir qu'à cette époque le parlement breton avait pris le 16 août 1719 un premier arrêt faisant défense d'enterrer dans l'église à l'exception de ceux qui ont un "enfeu".

Voici le texte :
"Sur ce qui a été représenté à la Cour, Chambres assemblées, Que les maladies contagieuses qui sont en cette ville (Rennes), font tous les jours mourir quantité de personnes qu'on enterre dans les Eglises, ce qui peut augmenter la contagion, le remuement des terres infectées par les corps morts répandant une exhalaison très dangéreuse & et qu'il seroit à propos d'y apporter un prompt remède, sur ce délibéré. La Cour fait très expresses inhibitions et défenses à tous Recteurs et Curés des Paroisses de la Province, tant en Ville qu'à la campagne, à tous supérieurs des Communautés et Maisons Religieuses, tous Chapelains et autres personnes de faire aucuns enterremens dans leurs Eglises ou chapelles, si ce n'est de ceux qui y ont droit et leur enfeu.
Ordonne que toutes personnes de quelque qualité & condition qu'elles soient, seront inhumées dans les cimétières & que le présent Arrest sera, à la diligence des Substituts du Procureur-Général du Roi, dans tous les Sièges Présidiaux et Royaux de ce ressort, lu, publié dans toutes les Paroisses et chapelles de la Province, à ce que personne n'en ignore.
Fait en parlement à Rennes, le 16 Aout, 1719, Signé C.M. Picquet."

avec ce texte, qui fut suivi d'autres analogues, c'était aller contre une tradition à laquelle les nobles - et ceux qui tentaient de se faire reconnaître comme tels ou au moins comme notables - étaient très attachés ! Le terme "enfeu" employé dans l'arrêt désignait un emplacement de choix pour les tombes réservés aux seigneurs du lieu, dont les ancêtres, souvent en vertu d'un voeu, qui reconnaissait une aide ou un bienfait, avaient fait bâtir le monument, ce que rappelaient leurs armoiries sculptées dans la pierre ou peintes sur les vitraux. Les personnages importants avaient droit à leur enfeu. On enterrait aussi, gratuitement, sous le dallage des nefs ou des bas-côtés, les "fabriques", c'est à dire les notables et administrateurs des paroisses. De plus il y a là une particularité bretonne touchant au phénomène de "Noblesse Dormante" propre à la Bretagne : au 14e siècle à cause des guerres et des dures conditions climatiques et économiques, nombre de membres de la noblesse bretonne se trouvaient ruinés et durent "déroger" et se mettre à travailler pour survivre ! Pour sauver sa noblesse -et ses hommes d'armes - et voyant le trop grand nombre "des" déboutés de noblesse de la réformation des fouages ("vend pain, vin et foin au détail"), (certains se faisaient créateurs de vitraux, meuniers, ou même maçons !) le duc Pierre II ( Alors souverain en Bretagne !) a instauré le principe de la noblesse dite "dormante": un noble peut déroger, renoncer à son statut de noble jusqu'au jour où, fortune refaite, il peut le retrouver (lui ou son fils, etc). Après la réunion du duché à la couronne de France le principe fut respecté. Gilles-André de la Roque, dans" Le traité de la noblesse", édition de 1678, en donne un chapitre149 dont le titre est: "Que les basses charges et le traffic ne dérogent point en Bretagne" où il précise " .....car les bretons maintiennent que les actes qui dérogent ailleurs à la noblesse, ne font qu'étourdir et assoupir cette qualité en Bretagne, où l'on peut la reprendre comme auparavant en délaissant les fonctions mécaniques...." Il y a probablement dans cette affaire une conséquence du phénomène de "Noblesse Dormante"... Renée Boudehen, était la petite fille d'un sieur de Kergonan et fille de Gabrielle Bosquet, "Demoiselle"... mais meunière à cette époque. Elle souhaitait voir respecter ses origines et affirmer des droits "endormis". [Le manque ( Renée Boudehen, fille de /...)dans le texte de la plainte se comprend mieux...] La vie était parfois difficile pour la petite noblesse en bretagne à cette époque !

Texte déposé par Yves Calméjane.
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1809    Kerlouan, et Guisseny,  29      Une baleine s'échoue à Kerlouan.

Brest : un cétacé.

Brest, 25 septembre 1809

Le 6 de ce mois, un poisson cétacé trouvé sur la côte de Guissiny, et traîné sur celle de Kerlouan par les habitants de cette commune, dans le lieu-dit Pors-Laër.
Ce poisson était le cachalot cylindrique de Bonnaterre, ou le physalus cylindricus décrit par Mr de Lacépède.
Il avait 22 mètres de longueur et 5 mètres de diamètre. C'était une femelle, et ayant un foetus de 3 mètres. Elle n'avait point de nageoire dorsale, selon le caractère de son espèce.
Un pharmacien de la Marine a été envoyé sur les lieux par ordre du préfet maritime, mais il est arrivé trop tard : les habitants s'étaient déjà partagé cet énorme poisson.
Après beaucoup d'effort et de recherches autorisées par le maire de Kerlouan, le pharmacien a recueilli :
- 1° une vertèbre entière,
- 2° un morceau de mâchoire inférieure,
- 3° une côte,
- 4° trois morceaux de crâne,
- 5° deux dents à racines pyriformes et sans émail,
qui prouvent que ce poisson n'est pas le genre des baleines, mais bien celui des cachalots.
Il est fâcheux que les habitants n'aient pas prévenu les autorités locales : celles-ci, par les soins qu'elles auraient pris, sans doute, auraient conservé ce poisson qui, disséqué par les gens de l'art, eût fourni un squelette étonnant par sa beauté et son étendue.
C'eût été peut-être l'unique en ce genre : il eût enrichi le cabinet d'histoire naturelle de ce port, et même celui de Paris.

Texte déposé par Jean-Pierre BERNARD. Sources : Annales périodiques de la ville d'Orléans - 6ème année - 27ème semestre - n° 601 - Paru le mercredi 4 octobre 1809.
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