DU RIFIFI ENTRE LE CURÉ DE CHAMPLAURENT ET SES OUAILLES.



EXTRAIT DES REGISTRES
DES DELIBERATION DES SINDIC ET CONSEIL
DE CHAMPLAURENT



L’an dix huit cent dix sept et le dix neuf du mois de fevrier les sindic et conseil de Champlaurent duement assembles aux personnes de messieurs jean girod sindic, grégoire giraud et jacques christin conseillers ont l’honneur d’exposer au seigneur intendant général et a … Monseigneur l’eveque de Chambéry ; que Monsieur marcoz, leur curé se relache si excessivement dans l’exercice de ses augustes fonctions depuis quelques années et surtout l’année derniere que cela occasionne un depravement de mœurs un mepris de notre Sainte Religion et un très grand scandale non seulement dans la commune mais encore - dans les environnantes qu’ils se croient devoir dénoncer aux authorites pour en arreter les suites déplorables puisque les avertissements amiables ont été infructueux et qu’au contraire ils sont avilis par luy publiquement Le Conseil en déclarant n’agir que pour l’interet de la commune et n’avoir aucun motif de vengeance ny passion particuliere ny dans la visé de s’en defaire qu’on le cheriroit même s’il s’acquittoit de ses fonctions suivant les regles canoniques ; ils ont l’honneur d’observer qu’ils ne connaissent pas de moyens plus efficace que celui de lui diminuer son suplement de traittement et comme l’on pourroit penser que c’est des dénonciations vagues ils ont l’honneur d’exposer les faits detailles cy apres qu’ils sont prets d’etablir comme ne contentant que la pure verite

1°. qu’il n’a pas fait le cathechisme trois fois les deux annees dernieres

2°. qu’il n’at pas fait deux prones ny instruction par an

3°. en 1816 il n’at fait aucune procession de rogation et en 1815 il ne n’at fait qu’un jour

4°. a l’octave de la fete de Dieu il annonça qu’il donneroit la benediction a soleil levant, les habitants des villages eloignes qui n’entendent pas le son des cloches vinrent de grand matin, ils furent obliges d’attendre jusques a dix heures et plus de sorte que ils ne revirent pas les jours suivants

5°. il dit plusieurs fois la messe sans la sonner

6°. plusieurs fois les dimanches il fait dire vespres par un particulier et lui reste dans le village sans motifs. D’autrefois apres avoir dit l’adjutorion ( adjutorium du latin aide, secours) il se retire dans la sacristie

7°. il en laisse mourir plusieurs sans les confesser pour ne vouloir se deranger lorsquil en apres à boire de ce nombre sont entres autres balthazard bois qui la fait demander plus de dix fois, la fille de barthelemy aguettaz et la veronique fille de christophe Blanchard

8°. L’année derniere il a fixe le jour que les jeunes gens devoient faire la confession de Pacques, ce jour il fut invite daller diner a la paroisse de la Table il a tant renvoyé que la confession n’at pas eu lieu

9°. Deux femmes enceintes et prettes d’accoucher se sont presentees pour se confesser dans le courant de janvier dernier, et s’y est refuse en les envoyant mechamment au Pontet ou il ny a point de pretre

10°. le jour de noel il a prive leur commune de la grande messe et l’est alle dire mechamment au Pontet n’at pas non plus donne les vespres le dit jour quoiquil fut chez lui et n’at de meme donner aucune messe le dimanche avant noel

11°. il s’absente tres souvent des semaines entieres sans dire ou il va

12°. Marin Bouvier qui etoit tres malade l’a fait demander avec insistance plusieurs fois pour se confesser, et l’at tant renvoye qu’il a eu peine a le confesser et n’at pu lui administrer les autres sacrements, et lors de son inhumation ayant fallu encor donne quelques coups pour agrandir le creu et la laisse sur place et s’en retire sans l’inhumer il ne peut trouver aucun pretexte quand a l’eglise puisquelle est mieux a l’abri des intemperies qu’auparavant

L’on passe sous silence bien d’autres faits quil seroit trop lon de detailler, mais ceux la suffisent bien pour etablir quils sont fondes dans leurs plaintes, et pour faire voir quils ne sont que les interprettes de toutte la commune ils ont l’honneur de demander l’hautaurisation en vertu de l’art. 3 de l’edit de la perequation générale de convoquer une assemblée generale si l’on n’ajoute foi a leur exposé et par ces motifs ont l’honneur de suplier le seigneur intendant général qui lui plaise reduire son suplement de traittement a deux cent francs pour la courante année par les motifs susenoncés se reservant de la reporter a trois cent quarante francs lorsquil remplira ses fonctions ainsi quil y est tenu jean girod sindic a fait sa marque sur le registre les deux autres conseillers ont signés sur ice luy
Pour extrait conforme
simon noury ?



REPONSE DU RD (REVEREND) ETIENNE MARCOZ AUX CALOMNIES
DU CONSEIL DE LA PAROISSE DE CHAMPLAURENT
DONT IL EST RECTEUR



Accusations Réponses
1 ° Il y a deux ans qu’il n’a point fait le catéchisme aux enfants que 3 fois Il est vrai qu’en 1817 il n’en n’a point fait parceque n’y ayant point de lambris a l’église il n’étoit point possible d’y pouvoir rester en hyver Mais en 1816 il soutient et prouve l’avoir fait au moins quatre fois par semaine les mois de décembre 1816 janvier février et moité de mars 1816
- 2° Il n’a pas fait deux prones soit instruction par an C'est faux car il peut prouver qu'il a instruit soit de l'autel soit par des catéchismes raisonnés qu'il a préféré a des instructions in forma
- 3° En 1815 il n'a fait qu'une procession de rogation et 1816 il n'en n'a point fait Les rogations venant ordinairement dans le temps des semailles, et le peuple ne s’y rendant pas il ne pouvoit pas faire les processions tout seul malgré cela il les a toujours faite autour de l’église avec le peu de personnes qui s’y trouvoient
4° a l’octave de la Fête Dieu il annonça qu’il donneroit la bénédiction au soleil levant ; les habitants des villages eloignés qui n’entendent pas la cloche vinrent de grand matin et ont été obligés d’attendre jusqu’ à dix heures et plus Si la bénédiction a été donné un peu plus tard qu’au soleil levant, ça été pour entendre ceux des fidèles qui n’étoient pas arrivés. Mais ce retard n’a été que de trois quart d’heure tout au plus
- 5° Il dit plusieurs fois la messe sans la sonner Il n’y a aucune loi qui oblige a sonner la messe les jours d’œuvre
6° Plusieurs fois sans motifs dans le village et fait dire les vepres a un particulier ; d’autre fois après avoir dit l’adjutorium il se retire dans la sacristie Il est faux qu’il soit resté dans le village pendant qu’on chantait vépres, et s’il se retire dans la sacristie pendant les dites vépres c’est que n’y ayant point de lambris a l’église la crainte très fondée de prendre toujours des coups d'air, l'y oblige
7° Balthazard Bois est mort sans confession malgré qu’il ait fait demandé plus de 10 fois Mr le curé qui était a boire sans vouloir se déranger ; il en est de méme de la fille de Barthélémy Aguettaz qui n’a pas pu recevoir les sacrements dememe que la Veronique femme de Christophe Blanchard Il est vrai que Balthazard Bois est mort sans sacremens mais il faut observer que c’était le second Jour de sa maladie qu’il ne s’étoit pas encore alité mais il est faux qu’il ait refusé d’aller le voir, puisqu’il y a été devant souper et après ; et il étoit convenu qu’il se confesseroit le jour suivant durant la messe et qu’ensuite il seroit administré la mort ne lui a donné ni a lui a moi le temps
La fille Aguettaz a étée confessée et n’a pu communier en égard qu’elle ne pouvoit pas meme avaler la tisane qu’on lui donnoit
La femme Blanchard a étée administrée
8° L’année dernière il a fixé le jour que les les enfants devoient faire la confession paschale. Ce jour il fut invité d’aller diner à la Table ; la confession a tant été renvoyée qu’elle n’a pas eu lieu Ce n’est point le diner qu’il l’a obligé d’aller à la Table mais les raisons majeures ; malgré cela il n’a pas laissé de confesser les enfants, et s’ il y en a qui n’aient pas été confessé, c’est qu’ils ne sont pas revenus, n’ayant pu les confesser tous dans deux jours
9° Deux femmes enceintes et prête d’accoucher se sont présentées pour se confesser dans le dans le courant de janvier dernier, il s’y est refusé en les revoyant mechamment au Pontet où où il n’’y a point de prêtre Les réparations qu’on a commencée a faire à l’église de Champlaurent ayant presque totalement détruit le confessionnal, le révérend recteur à dit à les femmes d’aller au Pontet dont il étoit chargé par Monseigneur, et que la il les entendroit confession ne pouvant les confesser ailleurs qu’au confessionnal sans permission laquelle alors il n’avoit pas
10° Le jour de Noël dernier il a privé la commune de la grande messe et est allé dire mechamment au Pontet et n’a pas non plus donné les vepres le dit jour quoiqu’il y fut et n’a deméme donné aucune messe le dimanche avant Noël Il est faux que le jour de Noël il ait privé les habitants de Champlaurent de la messe puisqu’il en a une à minuit et l’autre à neuf heures du matin ; la troisième il est allé la celebrer au Pontet dont il étoit chargé par Monseigneur et il y a aussi dit les vépres. Il s’est vu obligé à agir ainsi parce que l’église de Champlaurent étoit pleine de bois, planches, pierres et autres matériaux qu’on avoit pas voulu déblayer, malgré l’invitation qu’il en avoit faite au conseil et aux habitants
11° Il s’absente très souvent des semaines sans dire où il va Il ne s’abstente que lorsque ses affaires le demandent et le moins longtemps qu’il peut laissant toujours la charge de la paroisse à un de ses confrères voisins
Il n’a jamais cru être obligé de faire part au conseil ni de ce qu’il fait, ni de ce qu’il est obligé de faire
12° Marin Bouvier très malade l’a fait demander avec instance pour se confesser ; il a tant renvoyé qu’il a eu peine à le confesser et n’a pu lui administrer les autres sacremens et lors de son inhumation, la terre étant un peu gelée ce qui occasionnoit du retard , à sa confusion , il l’a laissé sur place et s’est retiré Il s’est toujours rendu aux demandes de Marin Bouvier, mais les premières fois ce n’étoit pas pour se confesser mais pour demander du pain, du vin des ris pour le soulager, il l’a entendu en confession lorsqu’il en a été requis. Il faut observer qu’il a encore vécu en parfaite connaissance 15 heures après la confession ; il a aussi reçu le sacrement de l’extrême onction. S’il n’a pas communié ce n’est pas de ma faute. 1° l’on ne tient pas le st sacrement dans l’église de Champlaurent, eu égard que les fenétres ne sont pas ferrées et que la paroisse ne fournit pas l’huile nécessaire pour la lampe. 2° lorsque j’ai été demandé pour le confesser, ce n’a été qu’après la messe, ainsi je ne pouvais plus l’administer. S’il s’est retiré avant que le cadavre eut été mis dans la fosse, c’est que la fosse n’étoit pas assez large et que dans un froid rigoureux il ne pouvait demeurer au grand air pendant une demie heure de temps au moins qui autoit étoit nécessaire pour élargir laditte fosse malgré cela il a fait toutes les prières prescrittes par l’église


Source: Source: AD de Chambéry - Savoie (73) sous la côte : 11 fs 125 Pièces diverses 1815-1833 Champlaurent
Texte déposé par Arlette Bouedec
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© 01/07/1999 - MARCHAL Jacques
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