MEMOIRE pour Jacques Ledos, capitaine du corsaire Français le Franc-Macon, armé à Cherbourg, et Louis Mosqueron de Prefontaine armateur dudit corsaire contre Jacques Perrée, capitaine du corsaire le Sans-Souci de Dunkerque Devant Le Conseil des Prises.




Faits:
Le 17 avril 1762, le capitaine Ledos et le capitaine Perrée firent à Cherbourg un acte de société dont les termes sont remarquables . " Sommes convenus , est-il dit, de la meilleure foi de nous conserver l'un l'autre pour faire la course sur les ennemis de l'état autant que les vents le permettront et dans le cas qu'il soit fait des prises, étant ensemble, le partage sera fait par moitié, de même que le plautrage qui se rapportera du grand Mat " Pour assurer la foi de cette convention, les capitaines échangeront par forme d'otage 2 officiers de leur bord; le Sieur Abraham Lieutenant sur le Franc-Maçon passa sur le Sans-Souci où il était lors de la prise contentieuse; le sieur Valle Lieutenant du Sans-Souci monta sur le Franc-Maçon où il est pareillement resté.

Ls corsaires croisaient de conserve à la vue de la rade de Guernesey lorsque le capitaine Ledos aperçut 2 navires marchands qui sortaient de cette rade: il avertit le capitaine Perrée; tous 2 les poursuivirent et s'en approchèrent d'environ 2 portées de canon.
Mais dans ce moment une Cache anglaise fort supérieure aux Corsaires des capitaines Ledos et Perrée sortit des Enfroques de Guernesey et fit force de voiles pour secourir les navires marchands.
Les corsaires français songèrent d'abord à l'éviter, les navires anglais allaient être délivrés; mais le capitaine LeDos se reposant sur la bravoure de son équipage prit le parti de combattre; il tira un cou de fusil à balle et hella le capitaine Perrée afin qu'il poursuivit les navires marchands tandis qu'il détournerait ou qu'il arrêterait la Cache Anglaise.
En effet, le capitaine Ledos revira de bord et engagea le combat. Il n'avait que 4 pierriers et 1 canon la Cache était armée de 8 canons ; il essuya le feu de l'artillerie des anglais pour tacher d'en venir à l'abordage: au risque de la perte de son vaisseau et de sa vie, il donna au corsaire le Sans-Souci le moyen de continuer à poursuivre les deux navires marchands.
Le capitaine Ledos était persuadé que la prise qui serait faite par le capitaine Perrée serait commune; il faisait part à ses gens de cette espérance et les engageait à faire leur devoir.
Enfin le capitaine Ledos atteignit la Cache Anglaise à la porté du pistolet; l'ennemi étonné de sa résolution et intimidé par le feu de la mousqueterie commença à craindre pour lui-même et prit le parti de la retraite; le corsaire français le conduisit jusque dans les rochers de Guernesey : le capitaine Ledos dressa son procès-verbal sur les circonstances du combat et reprit la route vers la France.

Dans cet intervalle, le capitaine Perrée qui n'avait plus rien à redouter de la Cache engagée au combat, avait suivi librement les 2 navires marchands; il en joignit un dont il se rendit maître et dans ce premier instant, frappé d'avoir vu le combat inégal de son associé , il fit connaître à son équipage qu'il le croyait tombé entre les mains des ennemis, ajoutant qu'il serait dédommagé par la part qui lui revenait sur le navire arrêté.
La prise fut amarinée; le sieur Perrée nomma d'abord pour la conduire à Cherbourg le Sieur Abraham,, lieutenant du corsaire le Franc-Maçon qui se trouvait à bord du Sans-Souci comme otage de l'association, mais ensuite il changea de dessein et donna la commission à un officier de son propre équipage. Il a été vérifié que la navire anglais se nommait "Le Paquet de Londres", qu'il était parti de Guernesey pour la capitale d'Angleterre, qu'il était chargé d'huile, de raisins et de vis et d'autres marchandises

Les officiers de l'amirauté de Cherbourg ont d'abord accédé sur la prise, ils ont rempli les formalités et procédé aux interrogatoires prescrits par les ordonnances

Mais le capitaine Perrée qui avait reconnu et avoué la concurrencé du corsaire le Franc-Maçon, changea ensuite de langage; il ignorait l'heureuse issue du combat, le retour de son associé: par une infidélité ont on ne saurait trop s'étonner il supposa que le Sans-Souci seul avait fait la prise.

Quelle fut la surprise du capitaine Perrée lorsqu'il apprit que la Franc-Maçon qu'il croyait en Angleterre avait repoussé l'ennemi, qu'il était à Carteret...

Suivant les articles du 1er et 2nd règlement de 1706, tout corsaire qui a contribué à créer une prise est en droit de prétendre au partage.

Texte déposé par Isabelle Pintart
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© 01/07/1999 - MARCHAL Jacques
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